Comment vivre mieux dans nos villes et villages.
Peut on vivre confortablement en restant chez
soi?
Aujourd’hui les spécialistes comoriens en statistique s’accordent à avancer le chiffre de 200.000 comoriens émigrés en France. Toutes nos villes, tous nos villages de l’archipel, en tout cas des trois îles indépendantes, sont concernés par cette vague d’immigrés qui cherchent coûte que coûte à atteindre la terre promise quitte à mettre leur vie en péril. Les personnes candidates à cette célèbre aventure sont reparties dans toutes les couches de la société mais les jeunes sont les plus happés par cette hasardeuse pérégrination. Par conséquent nos villes, nos villages sont désertés au grand dam des activités agricoles. Les champs sont en jachère depuis deux décennies, tout le monde connait les conséquences qui en découlent : les produits agricoles auparavant bon marché accusent des hausses astronomiques et deviennent parfois introuvables. Je signale ce point de vue, car chacun "râle" sur ces augmentations exhorbitantes. Actuellement on importe des bananes, des noix de coco, des maniocs et j’en passe en Tazanie , en Ouganda et à Madagascar. Même les poissons sont chers car à Hantsindzi et Ndroudé, des villages cotiers de Mboinkou, personne ne va à la pêche. Les jeunes cherchent pareillement à regagner la terre promise. Pourquoi des prix exhorbitants? Parce que c'est la loi de l'offre et de la demande. Si la demande est plus haute que l'offre les prix augmentent. Ce qui est le cas aux Comores il y a de cela deux décénnies. Il faut renouer avec les travaux champêtres et de la mer et vous verrez que l'offre sera grande que la demande et du coup les prix vont baisser.
Par ailleurs, le village de Chezani n’est pas en reste, il manque énormément de mains d’œuvres dans la mesure où il présente un très grand nombre de jeunes en France et du coup nos champs sont livrés aux vaches et aux chèvres. 700 personnes originaires de Chezani, femmes, hommes, jeunes et moins jeunes vaquent à leurs occupations en France chaque jour. Les jeunes qui restent au village ne voient pas d’un bon œil les travaux champêtres car pour eux c’est dégradant et non rentables. Ils n’ont d’yeux que pour la France, car dans le monde d’aujourd’hui celui qui n’est pas en France n’est rien. Ils vendent terres, animaux et or pour rejoindre leur famille dans l’Eldorado français.
Pour un petit rappel, « l’"Eldorado" était un pays imaginaire que les conquistadors espagnols pensaient découvrir entre l'Amazone et l’Orénoque. Ils croyaient y trouver une multitude de trésors, qui leur rendraient la vie facile. C’est de là que provient le nom "Eldorado" que l’on utilise pour désigner un lieu où la vie est facile ». C’est ce qui se passe aujourd’hui avec les jeunes comoriens, ils croient trouver une vie facile en France et certains préfèrent même abandonner leur poste de fonctionnaire pour venir galérer en France. A qui la faute ? Je crois que les autorités politiques en sont responsables et doivent in fine se ressaisir et penser à une solution efficace et durable à cette immigration juvénile car il en va de l’avenir de notre pays. Il y a des villes qui sont désertes, des familles décimées, des maisons hantées, pourquoi, parce qu’il n’y a plus personne. Y a-t-il des jeunes dans nos villages ? Certainement oui, mais que font-ils ?
Ils passent leur temps dans les places publiques à jouer aux jeux de "Mraha", de Cartes et de Dominos et attendent les cantines de leurs tantes et de leurs oncles ou bien les coups de téléphones pour aller récupérer les sommes d’argent à Wester-Union ou à Monnaie-gram. Les trains de vie de ces jeunes inquiètent car même leurs oncles qui sont en France ne mènent pas et ne se permettront pas de mener ces trains de vie. Ils demandent des téléphones portables haut de gamme, des ordinateurs portables derniers cris et même des 4X4 flambants neufs. Les rares personnes qui y cultivent parce qu’elles n’ont peut être pas le choix sont des femmes et des vieilles personnes dépourvues de force pour atteindre et obtenir des récoltes plus abondantes. Jadis, Chezani était le grenier du manioc, des tarots, des patates douces, du maïs et de toutes les denrées agricoles de première nécessité. Les gens qui passaient dans les voitures à Chezani voyaient des maniocs séchés au bord de la route, des tas de patates douces au petit marché, c'est un passé révolu, aujourd'hui il n'y a rien du tout. Il n'y a plus de noix de coco, de manioc et de banane à Chezani. C’est un fléau, même si tout le monde croit que c’est normal. Certes, tous les pays sont touchés par l’immigration mais proportionnellement au nombre d’habitants de notre pays nous sommes dans la tête du peloton. Un pays de 700.000 hbts et qui a un nombre de 200.000 à 250.000 immigrés en France et uniquement en France c’est flagrant et inquiétant. Mais qui vivra verra.
Le village de Chezani doit veiller à ce que leur jeunesse soit bien encadrée pour éviter cet exode qui affecte toutes les familles. Mais surtout avant de venir en France il faudrait que ces jeunes sachent que la France n’est pas la panacée et qu'en restant au village ils peuvent mieux gagner leur vie par rapport à ceux qui sont en France. D'ailleurs plusieurs jeunes qui sont restés au village ont réussi leur vie en investissant dans le commerce, on peut agréablement citer l’exemple de Kiabi, notre frère Ahamada Mdahoma qui a réussi à investir aux Comores et à se frayer une voie dans le patronat comorien et même de l’Océan Indien. Nous lui souhaitons bonne chance. Il a donné le bon exemple donc les autres jeunes de Mboinkou doivent connaitre qu’en restant chez eux ils peuvent gagner confortablement leur vie.
Dr Ali ABDOU MDAHOMA
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